Exclusion d’un transphobe à la Pride de Manchester : une militante lesbienne, vétérane des Pride, répond

Pride à Dublin, 1984, photo : Clodagh Boyd

Un homme transphobe portant le t-shirt « LGB Alliance » (une organisation transphobe cherchant à exclure les personnes trans du mouvement LGBT au Royaume-Uni) a essayé de rejoindre la Pride militante à Manchester. Des centaines de personnes ont commencé à scander « Les vies trans comptent » (« Trans lives matter ») et il a été obligé de partir.

En tant qu’homme gay, je suis effrayé de voir un homme gay harcelé et expulsé d’une marche des fiertés – une marche des FIERTÉS ! – sur l’ordre d’hétéros et d’un journaliste gay qui jubilaient.

Est-ce pour cela que les hommes & femmes gays des générations précédentes ont combattu ?

On a besoin d’être mieux que ça.”

John Boyne, l’écrivain gay

Une militante lesbienne, organisatrice des premiers Prides (Marches des fiertés) à Dublin en Irlande, Izzy Kamikaze, répond :

En tant que femme gay “d’une génération précédente” ayant donné la moitié de ma vie à la Pride, je sais pour quoi j’ai combattu, et ce n’était pas pour le type d’homme gay qui pense qu’une marche des fiertés – une marche des FIERTÉS ! – devrait être la chasse gardée des personnes qui lui ressemblent exactement.

Devinez ce que ces gays faisaient quand les gouines radicales & les pédés & les personnes trans & les personnes GNC étaient en train d’organiser des marches des fiertés ? Ils se foutaient de nous, la bande d’hétéroclites, parce qu’on était en train de perdre la tête à vouloir tenir une marche des fiertés – une marche des FIERTÉS ! Imaginez ! – et qu’on était en train de “salir notre réputation à tous”.

J’ai distribué des flyers à des centaines d’entre eux dans des bars. “Une marche des fiertés ? – une marche des FIERTÉS à Dublin ? Oh grands dieux, non ! Parader en chantant Glad To Be Gay avec toute cette racaille ? Si jamais j’ai envie de faire *ça,* j’irai à Londres !”

J’ai participé aux Prides de Dublin de 1983 et 1984, puis celles de 1992 à 1994, et de 1997 à 2003, ainsi que les dix premières Prides du Nord-Ouest, de 2006 à 2015. J’ai participé à la (première ?) Pride de Galway vers 1990, la première Pride de Belfast en 1991 et la première Pride de Limerick en 2007. AUCUNE d’entre elles n’a été organisée par des transphobes.

Izzy Kamikaze à la Pride à Dublin en 1984

Les gays conservateurs ont tout contrôlé au sein des communautés queers dans les années 80. La plupart des lieux ne voulaient pas de nous parce qu’ils contrôlaient ce qui avait pignon sur rue. Ils n’ont jamais voulu de marche des fiertés, parce que la marche ne pouvait pas donner “une bonne image de la communauté gay” parce que nous étions là.

Et ils pensent maintenant que la Pride leur appartient à eux seuls ?

Je n’ai pas d’images de la première marche des fiertés de Dublin à laquelle j’ai participé, c’était la première de l’histoire, mais j’en ai de la deuxième qui s’est déroulée en 1984. C’est moi avec le mégaphone. Je t’en prie, John Boyne, regarde bien les visages de ces gays et de ces lesbiennes d’une ancienne génération et dis-moi où sont les conservateurs anti-trans.

Regarde bien la photo, John, et montre moi qui de ces pionnier·es des marches des fiertés serait d’accord pour chasser les personnes trans de la communauté que nous étions en train de construire. Et après avoir fait ça, regarde nos visages encore une fois et pose-toi cette question : aurions-nous crié sur quelqu’un venu nous perturber ?

En Irlande, la Marche des Fiertés (et je doute que ce soit bien différent ailleurs) n’a jamais été organisée par des gays et lesbiennes “respectables” précisément parce que la marche des fiertés était ouverte à tous les brics et les brocs, aux personnes qu’ils tentaient de garder à l’écart de leur image aseptisée car les trouvant “trop extrêmes ou menaçants”.

La marche des fiertés a toujours été organisée par le type de personnes que les gays conservateurs « évitaient en changeant de trottoir”. Ils détestaient la Pride car quiconque nous voyait pouvait les associer avec la bande de cinglés que nous étions. Ils se moquaient de nous. Qui pensions-nous être ?

Les Marches des Fiertés LGBT est animée et incarnée par les freaks et l’a toujours été. Des monstres comme moi qui se contre-foutent de la validation sociale ont toujours été moteurs de la Pride. Les gays conservateurs n’ont jamais aimé la Pride parce qu’ils ne pouvaient ni la contrôler, ni la taire. “Les freaks nous donnent à tous une mauvaise réputation”.

Les gays conservateurs n’avaient aucun foutu intérêt pour les marches des fiertés avant que des célébrités n’y fassent des apparitions et qu’il y ait des promotions de boissons. Pour eux, quand la Pride n’avait ni thune ni classe, c’était un truc d’aliénés – et maintenant il veulent vous faire croire qu’elle a toujours été la leur.

J’approuve à 100% qu’on demande à un réactionnaire de quitter une marche qu’il tente de transformer en photo-op pour les goodies de son groupe de haine. La Pride ne devrait jamais être utilisée comme une opportunité pour attaquer une partie de notre communauté LGBT.

J’aimerai voir ça à toutes les Unes : les LGBT doivent protéger nos rassemblements des gens qui nous veulent du mal. On a toujours fait ça et on devrait toujours le faire.

Izzy Kamikaze est une militante lesbienne depuis presque 40 ans. Aujourd’hui elle est assistante sociale et travaille dans un centre d’hébergement pour des hommes sans-abri.

Izzy Kamikaze, une militante lesbienne

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