Pourquoi la communauté trans appelle à manifester le 10 octobre ?

Ivanna Macedo Silva
Ivanna Macedo Silva

L’association de défense des personnes trans Acceptess-T appelle à manifester le 10 octobre dans le Bois de Boulogne à partir de Porte Dauphine. Pourquoi cet appel à mobilisation ?

Il répond à la mort de deux femmes trans.

Ivanna, 31 ans, femme trans péruvienne, tuée dans son appartement.

Sasha, 22 ans, femme trans française, qui s’est ôtée la vie.

La communauté trans française est régulièrement secouée par les meurtres et les suicides de ses membres.

En 2018, Acceptess-T a organisé une marche au Bois de Boulogne pour réclamer justice pour Vanesa Campos, une femme trans péruvienne travailleuse du sexe brutalement tuée par un groupe d’hommes au Bois de Boulogne.

En fevrier 2020, la communauté a marché pour Jessyca Sarmiento, migrante trans péruvienne, également travailleuse du sexe fauchée par une voiture au Bois de Boulogne.

En mai 2020, on est descendu-es dans la rue pour Mathilde, et Laura, deux femmes trans qui se sont suicidées l’une après l’autre. Laura était l’amie de Mathilde.

En octobre 2020, on s’est réuni-es pour Doona, une femme trans étudiante qui s’est suicidée après avoir été ménacée d’expulsion par le CROUS suite à sa tentative de suicide précédente.

En décembre 2020, on a manifesté pour Fouad (aussi connue comme Luna, Avril), une lycéenne trans qui s’est suicidée peu de temps après avoir été réprimandée par le personnel du lycée pour le fait de porter une tenue féminine.

Tous les ans le 20 novembre se tient la journée du souvenir trans (Transgender Day of Remembrance) où la communauté trans commémore tous les membres qu’elle a perdus. L’association Transgender Europe à travers son projet Trans Respect compte les meurtres de personnes trans, enregistre les noms des victimes et quelques informations sur ce qu’elles faisaient dans leur vie.

La plupart des noms qu’on lit dans cette liste sont féminins.

Si on peut dire que la transphobie tue, la transmisogynie tue encore plus.

98% des personnes trans tuées en 2020 étaient des femmes trans ou des personnes transféminines.

On sait qu’au moins 62% des victimes exercaient le travail du sexe.

On sait que 79% des victimes états-uniennes étaient des personnes racisées.

On sait que 50% des victimes en Europe étaient migrantes.

L’intersection de la pauvrété, du racisme, des politiques anti-migrant-es et de la transmisogynie est mortifére pour notre communauté.

Les meurtres et les suicides touchent disproportionnellement des femmes trans et personnes transféminines.

Que ce soit par les violences directes ou un environnement violent invivable, les femmes trans pauvres, racisées, migrantes se trouvent ciblées.

De jeunes femmes trans françaises sont poussées au suicide par une société transphobe et transmisogyne.

Des femmes trans migrantes n’ont souvent pas d’autre choix d’emploi que le travail du sexe (car sans-papiers, car l’Etat ne fournit pas de cours de langue, car discriminées à l’embauche en tant que femmes trans). Et à cause de la lutte contre la prostitution (loi du 13 avril 2016) elles sont obligées de l’exercer dans des conditions dangereuses et déplorables : dans la rue ou dans le bois, ce qui les vulnérabilise encore davantage en les exposant aux violences des hommes.

Il est urgent de se mobiliser contre la transphobie et la transmisogynie.

Face à l’indifférence de l’État dont les politiques structurant la transphobie systémique ont mené à ces morts, ce sont les parents des victimes, comme Libertad, la mère d’Ivanna, ou Carole, la mère de Mathilde qu’on a perdue en 2020, qui prennent la parole pour interpeller la société et réclamer la justice pour leurs enfants.

Le 10 octobre à 14h, en partant de Porte Dauphine, la communauté trans marchera donc dans le Bois de Boulogne pour réclamer justice pour des personnes trans, spécifiquement des femmes trans, qui continuent de mourir de la transphobie et de la transmisogynie.


Donnez au Fond d’action sociale trans (FAST) qui assure l’hébergement/l’alimentation/le transport et d’autres services essentiels pour les personnes trans migrantes et précarisées.