Les dangers du silicone liquide pour les femmes trans

Une crise sanitaire invisible

En France, il y a une importante communauté de femmes trans migrantes originaires d’Amérique du Sud. Grand nombre de ces femmes trans ont effectué dans leur jeunesse des injections de silicone liquide. Les injections de silicone liquide attirent ces jeunes femmes trans précaires par leur simplicité et leur effet immédiat sur le corps.

Cependant, de plus en plus de témoignages émergent de femmes trans subissant les conséquences terribles de ces injections sur leur santé. Leur vie est en danger. Migrantes et sans papiers, ces femmes se retrouvent dans une impasse. En France, il n’existe pas de traitement couvert par la Sécurité Sociale. C’est une crise sanitaire invisible…

Le silicone liquide injecté est un silicone industriel ou chirurgical. Il est très peu cher et donc reste accessible aux nombreuses femmes trans pauvres qui gagnent leur vie dans les emplois précaires, notamment le travail du sexe. Ce silicone n’est pas inséré dans une poche comme c’est fait habituellement pour limiter les risques. Il peut voyager dans le corps comme une huile et se répand de plus en plus au fil des années. Très souvent les complications faisant suite à l’injection n’apparaissent que plusieurs années après.

Toutefois, des complications interviennent parfois dès l’injection du silicone. Par exemple si le silicone vient à traverser une veine au cours de son injection il peut obstruer un vaisseau sanguin, ce qui peut conduire à une thrombose, à une embolie pulmonaire ou à un AVC.

La texture du silicone industriel lui permet de se déplacer dans le corps, entraînant à terme une déformation du résultat des injections, de se mélanger aux tissus du corps en entraînant une importante inflammation dans toutes les zones où il peut avoir circulé. L’inflammation peut conduire à différents symptômes : douleurs chroniques, fatigue chronique, infections à répétition, déchirures de la peau, nécroses, perte des capacités motrices… 

Les interventions médicales requises pour prendre en charge la situation des femmes trans injectées au silicone liquide ne figurent généralement pas parmi les actes pris en charge par la sécurité sociale. Ces femmes trans précaires doivent alors payer plusieurs milliers d’euros pour accéder aux soins dont elles ont besoin.

Les complications liées au silicone liquide concernent pourtant beaucoup de femmes trans et cis originaires d’Amérique du Sud vivant en France. On n’a pas encore de données sur l’ampleur du problème, on ne sait pas combien de personnes en sont mortes, combien vivent aujourd’hui avec un handicap lié aux conséquences des injections, quel effet la vie en suspens avec une condition médicale chronique très grave à sur la santé mentale de ces femmes. L’association Acceptess-T cherche de plus en plus à visibiliser ce problème pour obtenir la prise en charge des soins aux femmes trans victimes du silicone liquide.

Pour le moment, leur sort ne dépend que de la solidarité communautaire par la constitution d’un fond pour permettre aux femmes trans concernées d’accéder aux traitements dont elles ont besoin. La militante Koriangelis Brown appelle pourtant les institutions de santé à se saisir du problème pour soigner et prendre en charge les femmes trans subissant les conséquences d’injections de silicone liquide. Étant donné que chaque intervention chirurgicale coûte plusieurs milliers d’euros et qu’au minimum plusieurs milliers de personnes sont concernées, ce problème est impossible à traiter réellement à travers les levées de fonds pour des individus. On a urgemment besoin d’une réponse politique.

Nous vous appelons à suivre une nouvelle association d’aide aux femmes trans vivant avec les conséquences du silicone liquide, l’association Vivre Sans Silicone. Nous appelons aussi à donner et à partager la cagnotte Leetchi de Koriangelis Brown, notre camarade de lutte qui a urgemment besoin d’une opération chirurgicale en Grèce pour soulager les conséquences des injections de silicone liquide qu’elle a faites il y a plusieurs années et qui sont catastrophiques pour sa santé.