Communiqué contre la dissolution de Nantes Révoltée

Les médias indépendants soutiennent Nantes Révoltée, l'image : Pluie Acide, Acrimed

L’équipe éditoriale de XY Media s’exprime sur les atteintes inquiétantes de l’appareil politique français sur la liberté de la presse et de l’activité politique.

La semaine précédant le 21 janvier, un appel à manifester contre l’extrême droite à Nantes circule sur les réseaux sociaux.

Étant très actif politiquement dans la ville (mais aussi, au niveau national), le média Nantes Révoltée relaie l’appel et se charge même de couvrir la manifestation. Au cours de celle-ci, deux vitres de commerçants locaux sont brisées, un geste qui donne lieu à un affrontement entre forces de l’ordre et manifestants. 

Sur les réseaux sociaux, la manifestation fait parler d’elle, jusqu’à ce que l’on retrouve deux personnalités politiques locales qui en viennent à appeler à la dissolution du média. 

Celui-ci est par ailleurs constamment présenté par ses détracteurs ainsi que par les médias mainstream comme un collectif, alors qu’il s’affirme lui-même comme journal indépendant et autonome et qu’il exerce véritablement une activité journalistique.

Il a suffit de très peu de temps, et de l’interpellation du ministre de l’intérieur par les élus pour que Darmanin annonce la mise en place d’un processus de dissolution.  Bien que cette procédure reste “longue” et que la dissolution du média n’est pas encore actée, cette volonté s’inscrit dans la continuité des dissolutions des associations qui luttent contre le racisme et contre l’islamophobie que le gouvernement n’a cessé de mettre en place ces dernières années.

L’acharnement de l’État envers ces associations, mais aussi envers ces collectifs, ces commerces, ces lieux de cultes, et ces structures musulmanes représente clairement la route très dangereuse prise par les centres décisionnaires du pouvoir en France (médias et politiciens) depuis de nombreuses années. Il est désormais difficile de ne pas percevoir le spectre du fascisme qui plane sur la France. 

Pour donner quelques noms nous rappelons que le CCIF, la Coordination contre le racisme et l’islamophobie, Barakacity, la maison d’édition Nawa, la Ligue de Défense Noire Africaine et bien d’autres ont été récemment dissous par le gouvernement.

La page Nantes Révoltée est suivie par 189 mille personnes sur facebook, 53 mille personnes sur instagram, 35 mille personnes sur twitter. Cumulant une audience de plusieurs centaines de milliers de personnes, ce média militant touche un large public.

Pendant que Blanquer, membre du même gouvernement organise un colloque entier contre la pensée décoloniale, anti raciste et féministe, dont une des lignes principales consistait à prétendre qu’il n’était plus possible de critiquer l’islam ou le genre, Darmanin de son côté s’attache à faire dissoudre d’abord toutes organisations qui sont rattachées de près ou de loin a l’islam et puis celles qui pourraient d’une manière ou d’une autre critiquer le gouvernement.

Le ministre de l’intérieur a déclaré que le média devait être dissous parce qu’il avait organisé “une manifestation contre l’État et contre la police”.

Que cela signifie-t-il alors même que ce média, tout en ayant une ligne éditoriale critique de l’État et de ses administrations, dément les accusations qu’on lui porte ? Est-ce que cela ne signifierait pas un risque de voir demain chaque média indépendant et autonome critique de la politique de l’État et des actions de la police qui ne cesse de tuer en toute impunité des personnes non-blanches se voir dissous, censuré ou empêché de parler ?

La dissolution de Nantes Révoltée serait donc non seulement un geste de censure envers un canal d’opposition important mais aussi un signal envers toute la presse engagée et indépendante. 

L’équipe éditoriale de XY, média transféministe, condamne cette nouvelle attaque sur la liberté de la presse de la part du ministère de l’Intérieur et du gouvernement français. Nous rejoignons donc la pétition de soutien à Nantes Revoltée signée par plusieurs dizaines de milliers de personnes ainsi que par un grand nombre de médias indépendants.