Changement climatique : le GIEC tire la sonnette d’alarme

Crédit photo : Piqsels

Sixième rapport du GIEC, autopsie glaçante d’un « voyage sans retour »

Après son cinquième rapport édifiant publié en 2013-2014, le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) sort le premier volet de sa sixième édition, consacré aux aspects physiques du changement climatique. Deux autres parties verront le jour, la première en février 2022 (sur la vulnérabilité de nos sociétés face au changement climatique), la seconde en mars 2022 (sur les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre). Une synthèse complète du rapport sera disponible en septembre 2022. 

Le GIEC est un organisme intergouvernemental créé en 1988. Son objectif : évaluer et comprendre les risques climatiques liés à l’activité humaine, tout en proposant des pistes d’adaptation ou d’atténuation.

Le document présenté ce lundi 9 août a été rédigé par 234 scientifiques de 66 pays différents et se base sur l’analyse de plus de 14000 études scientifiques. Il confirme que le changement climatique constitue un “voyage sans retour”.

Ce rapport diffère de celui de 2013 car il n’utilise pas le même modèle de projection que le précédent. Dans le modèle de projection actuel, on inclut, en plus d’indices sur les émissions de gaz à effet de serre, des hypothèses socio-économiques (éducation, démographie, coopération inter-étatique), permettant ainsi de préciser d’autant plus les calculs.

L’origine anthropique du changement climatique est « sans équivoque »

Les expert·es confirment que l’origine de l’activité humaine sur le changement climatique n’est plus contestable : le rapport de 2007 indiquait une probabilité de 90% que le changement climatique soit d’origine humaine, celui de 2013 une probabilité de 95%. Le nouveau rapport est sans appel : “le rôle de l’influence humaine sur le changement climatique est sans équivoque. Il a mené à des changements rapides et globaux au niveau des océans, de l’atmosphère, de la cryosphère et de la biosphère”. Cette influence humaine a participé au réchauffement climatique à une vitesse sans précédent depuis au moins 2000 ans, selon les scientifiques.

Crédit photo : Piqsels

« La température globale sur la planète durant les deux premières décennies du XXIe siècle était d’1°C supérieur à la température moyenne de 1900« , un chiffre déjà alarmant qui reste pourtant dérisoire face aux projections que font les chercheur·euses pour le siècle à venir. Le modèle de projection le plus pessimiste en termes d’émissions de gaz à effet de serre indique en effet une hausse de la température de 3,3 à 5,7°C d’ici 2100.

Au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre globales, le seuil de +1,5 °C, soit l’augmentation maximale fixée par l’Accord de Paris, serait atteint autour de 2030, dix ans plus tôt que la précédente estimation du GIEC en 2018. En 2019, le niveau de concentration de CO2 dans l’atmosphère était plus élevé qu’à n’importe quel moment depuis plus de deux millions d’années, et au niveau le plus élevé depuis 800 000 ans pour le méthane et le protoxyde d’azote. 

Le constat est simple : l’augmentation globale de la température ne pourra pas être maintenue sous l’objectif idéal des 1,5°C avant 2100 sans une planification politique globale ambitieuse et drastique de réductions des émissions de gaz à effet de serre.

Une fonte des glaciers « sans précédent depuis au moins 2000 ans »

Le rapport s’attache par ailleurs à l’analyse des changements physiques observables sur les bassins océaniques et les glaciers. Les chiffres projetés indiquent une dégradation exponentielle de ces milieux naturels. Le niveau global de la mer a augmenté d’environ 20 centimètres entre 1901 et 2018 et il pourra gagner un mètre d’ici 2100, ce qui aura des conséquences désastreuses sur les villes littorales et les archipels. Les premières victimes de cette bascule écologique ? Les archipels du Pacifique, notamment les îles Marshall, les îles de Polynésie, les Maldives et certains pays d’Asie, comme les Philippines, l’Indonésie et le Bangladesh. Selon une étude du CNRS publiée en 2014, 10000 à 20000 îles pourraient disparaître totalement au cours du siècle. Face à ce constat alarmant, certains pays tentent déjà de se préparer. Les habitants de l’atoll de Bikini, dans le Pacifique, ont par exemple réclamé l’asile climatique aux Etats-Unis.

De la même manière, la fonte des glaciers observée depuis les années 50 est sans précédent depuis au moins 2000 ans, et le réchauffement des océans avance à une vitesse plus rapide depuis 1900 que ça n’a été le cas au moment de la fin de l’ère glaciaire, il y a 11000 ans. 

Le pH des océans n’est pas en reste puisqu’il est au plus bas ces dernières décennies qu’il ne l’a été au cours des 2 derniers millions d’années. L’acidification des bassins océaniques implique des réactions en chaine qui impacteront toute la faune et la flore marine : à 1,5 °C de réchauffement, plus de 70 % des coraux du Pacifique nord disparaîtront, à 2 °C, presque la totalité, détruisant ainsi l’environnement de milliers d’espèces marines.

Vers une augmentation drastique des catastrophes naturelles

Les résultats des modèles de projection indiquent par ailleurs une hausse des phénomènes climatiques extrêmes par rapport aux résultats du rapport de 2013. Cela comprend des vagues de chaleur de plus en plus régulières et intenses, des précipitations extrêmes, des inondations, des cyclones… Le rapport indique que “des événements extrêmes […] qui se produisaient auparavant une fois tous les 100 ans pourraient se produire chaque année d’ici la fin de ce siècle”.  

La Belgique inondée, 16 juillet 2021, crédit photo Régine Fabri

L’hémisphère nord doit ainsi s’attendre à 7 % de quantité de pluies supplémentaires, le chiffre faisant écho aux récents phénomènes d’inondation qui ont ravagé la Belgique, l’Allemagne, le Japon, la Chine, ainsi que certaines régions françaises.

Les calculs de projection prévoient un impact particulièrement inquiétant sur le bassin méditerranéen, où la durée de la période sèche dure actuellement une quarantaine de jours. Cette durée pourrait doubler d’ici la fin du siècle​, promettant des conséquences dramatiques sur les cultures agricoles et la disponibilité de la ressource alimentaire.

Quid de l’Accord de Paris ?

A ce jour, seule la moitié des gouvernements ont révisé leurs engagements d’émissions de gaz à effet de serre, alors que cette note révisée et prévue par l’Accord de Paris, nommée NDCs (pour Contribution Déterminée au Niveau National), devait être rendue par chacun des Etats au 31 juillet 2021 maximum. 

L’impact combiné des nouvelles contributions déposées représenterait moins de 1% de baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 (comparé à 2010) selon les calculs de l’ONU. Très loin des 45% nécessaires pour rester sous la barre des 1,5°C fixée par l’accord de Paris.

L’impasse du « capitalisme vert »

La plupart des changements provoqués par les émissions de gaz à effet de serre passées et à venir seront irréversibles pour des siècles ou des millénaires, notamment en ce qui concerne la montée des eaux, le réchauffement des océans, la fonte des glaciers, et l’acidification des couches profondes de l’océan.

Malgré le caractère alarmant du rapport, les scientifiques indiquent cependant que les effets positifs d’une politique coordonnée et puissante sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre pourraient être constatés rapidement, d’ici 2040. Ainsi, pour limiter la hausse des températures à ce seuil, le budget global d’émissions de gaz à effet de serre est estimé à environ 300 milliards de tonnes. Au rythme actuel (52,4 gigatonnes en équivalent CO2 émises au niveau mondial en 2019 selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement), cela représente moins de six ans d’émissions mondiales.

Les solutions concrètes seront précisées dans le troisième volet de l’étude qui sortira en mars 2022, mais elles sont déjà globalement connues

  • Sortie totale des énergies fossiles
  • Transition vers des énergies renouvelables
  • Décroissance énergétique
  • Fin de la déforestation et replantation massive des zones déforestées pour continuer d’assurer l’efficacité des puits de carbone
  • Transition des modèles agricoles…

En conclusion, les changements requis impliquent une refonte totale des systèmes de production, à toutes les échelles et sur tous les sujets : énergie, transports, logement, industrie, gestion des déchets, agriculture… Un tel impératif apparait impossible à appréhender sous une organisation globale capitaliste, puisqu’il ne nécessiterait pas un développement « durable », mais une décroissance industrielle, l’abandon d’une logique de maximisation des profits et donc une socialisation des moyens de production, une relocalisation des circuits de production et de distribution, un changement de modèle agricole visant l’abandon progressif des élevages de bétail.


Si vous avez aimé cet article, pensez à faire une donation ponctuelle ou mensuelle à XY Media sur HelloAsso. XY Media est financé par ses abonnés.